Une femme en chemin
- Nathalie GUILLEMEAU
- 29 juin
- 3 min de lecture

De l’architecture à la thérapie : une transition symbolique
J’ai été architecte pendant plus de vingt ans. Pendant toutes ces années, j’ai construit des lieux, pensé des volumes, cherché à créer des espaces d’ancrage, d'existence, de vie.
Mais au fil du temps, une autre évidence s’est imposée : les structures les plus profondes, celles qui soutiennent vraiment une vie, ne sont pas celles que l’on dessine sur un plan. Ce sont celles que l’on bâtit en soi, patiemment, sincèrement. Celles qu’on consolide au cœur de nos traversées, là où tout semble vaciller.
Mon propre chemin m’a menée à cette bascule. Un effondrement. Une grande fatigue. Une perte de sens. Puis une lente reconstruction, nourrie par la méditation thérapeutique, l’introspection, et l’écoute attentive de ce qui, en moi, demandait à être réhabité.
Je n’ai pas seulement appris ces outils depuis un savoir extérieur. Je les ai aussi traversés, éprouvés, intégrés dans ma chair. Ils m’ont transformée. Et c’est à partir de là que je les transmets aujourd’hui.
Dans cette transition non choisie au départ, il m'a fallu, comme chacun, lâcher mes récits intérieurs et reprendre possession de moi.
Nous sommes tous issus et tissés de récits, les nôtres et ceux des autres. Des histoires que l’on se raconte, des croyances que l’on porte, des héritages invisibles qui nous façonnent sans que nous en ayons conscience. Ce n'est ni bien, ni mal, c'est juste comme cela que ça fonctionne.
Mon récit ? Il était vrai indéniablement. Du point de vue que j'avais, à cet instant là. Mais il était aussi incomplet.
Aujourd’hui, j'ai la certitude que nous avons la responsabilité de réévaluer nos histoires, de nous demander si elles nous servent encore ou si elles nous enferment. Si elles aident les autres où les enferment. Nous avons la responsabilité de contribuer à quelque chose de beaucoup plus vaste que "nous-même".
Exactement comme nous, nos parents, nos grands-parents, les adultes qui ont croisé notre chemin n'ont pas toujours eu le choix de leur trajectoire. Ils ont grandit dans des environnements dans lesquels ils ont du s'adapter, dont ils se sont nourris, qui ont façonné leur regard sur le monde, leurs compréhensions, leurs stratégie, leurs possibles. Exactement comme nous.
Ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient reçu. Un mélange d'ombres et de lumières. Exactement comme nous.
En comprenant cela, j’ai appris qu’il n’était pas mon rôle de porter ce qui ne m’appartenait pas, encore moins de perdre du temps à le juger. Nous avons tous nos fardeaux, mais nous ne sommes pas tenus de les transmettre.
J’ai compris que je pouvais choisir :
🌿 Laisser aller ce qui ne m’appartient pas – Ne plus m’identifier aux attentes invisibles, aux schémas hérités. Encore fallait-il les regarder, les accepter, les comprendre et en faire quelque chose. C'est précisément là que commence la liberté.
🌿 Redonner à chacun ce qui lui appartient – Ses limites, ses blessures, mais aussi sa lumière.
🌿 Exister en dehors des récits du passé – Ne plus me définir par ce que j’ai vécu, mais par ce que je choisis d'en faire aujourd'hui.
Nous ne sommes pas condamnés à répéter les mêmes cycles. Nous avons le droit et la responsabilité de nous délester de ce qui ne nous sert plus.
Et c’est là que réside la véritable liberté : dans la capacité à accueillir le passé sans s’y emprisonner, à honorer nos histoires sans en être les otages, à choisir qui nous sommes au-delà des récits que l’on nous a légués.
C’est cette liberté-là que je cultive aujourd’hui, pour moi et pour ceux que j’accompagne. ✨
Avec le temps, j’ai compris que je ne pouvais me réduire à ce que j'avais vécu, l'ombre comme la lumière. La lumière s'éteint si on ne la nourrit pas, l'ombre n'attend que d'être éclairée. Je n'étais ni entièrement l’ombre, ni entièrement la lumière. J'étais celle qui pouvait choisir de s'éclairer elle-même. Je ne portais pas la responsabilité d’une lignée, pas plus que je ne pouvais nier ce qu’elle m’avait transmis.
💡 J’ai compris que l’héritage de notre passé était une prison tant qu'on n'en faisait pas un terreau.
💡 J’ai compris que nous sommes à la fois les fruits de nos influences et les créateurs de notre propre chemin.
Et qu'il en ai ainsi pour chacun d'entre nous. Conditionnés mais libre de l'observer et de choisir quoi en faire.
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