Comme une goutte dans l'océan
- Nathalie LACOUR GUILLEMEAU
- 27 janv.
- 3 min de lecture
Il était une fois une petite goutte en quête de lumière

Imaginez un océan vaste. Ancien. Froid parfois. Sombre souvent.
Il était une fois une petite goutte dans cet océan. Elle ne s’aimait pas beaucoup. Elle se trouvait trop petite. Trop terne. Pas assez lumineuse.
Autour d’elle, il y avait des milliards d’autres gouttes. Certaines claires. D’autres troubles. D’autres très sombres.
La petite goutte se disait :
Comme c’est sombre. Comme c’est inquiétant. Comme j’aimerais que ce soit autrement.
Elle observait l'océan. Elle s’en inquiétait. Elle s’en désolait. Parfois même, elle rêvait de le quitter.
Et puis, soyons honnêtes, il lui arrivait de penser que certaines gouttes, surtout les plus sombres, auraient dû, devraient, pourraient, quand même, faire un effort.
La petite goutte en quête de lumière attendait, s'agitait. Réclamait qu'on l'éclaire, qu’un reflet la rassure, qu’un projecteur passe.
Et quand cela arrivait, parfois, elle se sentait mieux. Vraiment mieux.
Mais la lumière s’éteignait toujours. Tôt ou tard.
Alors la petite goutte se retrouvait à nouveau perdue. Inquiète. Triste. En attente. Encore un peu plus fatiguée.
Un jour, elle fut vraiment fatiguée. Pas d’un drame spectaculaire. Juste fatiguée.
Fatiguée d’écouter les gouttes sombres expliquer que tout était joué d’avance.
Fatiguée de commenter l’obscurité.
Fatiguée d’espérer que l’océan change.
Rien ne fonctionnait.
Peu de temps après, ou peut-être était ce avant, elle ne saurait le dire, la petite goutte fut secouée par une énorme tempête. Violente. Inattendue. Déconcertante.
Elle perdit tous ses repères. Tout ce à quoi elle s’accrochait céda : les attentes, les explications, les illusions.
Tout tomba.
Quand tout fut tombé, quand plus rien ne tenait, une goutte lumineuse s’approcha d’elle.
Elle en avait déjà croisé d'autres, autrefois. Elle ne les aimait pas beaucoup. Pour tout dire leur lumière la rendait encore plus sombre. Jalouse. Démunie.
La goutte lumineuse ne disait rien. Elle ne brillait pas si fort. Elle ne demandait pas d'explications, ne donnait aucun conseils. Elle était simplement là.
La petite goutte, épuisée, n'avait de cesse de lui demander : Comment faire ? Quoi comprendre ? Comment aller mieux ?
La goutte lumineuse lui confia alors ces quelques mots : Ce que tu es ne peut pas t'être donné.
La petite goutte ne comprit pas tout de suite. Mais elle sentit que la réponse n’appelait plus de questions.
Alors, déconcertée, la petite goutte, pour la 1ère fois peut-être, cessa de chercher ailleurs et tourna son regard vers elle-même.
Pas une compréhension fulgurante. Pas une révélation spectaculaire. Mais un léger retournement. une sensation familière. Un très léger apaisement.
Petit à petit, elle cessa d’attendre que l’océan change. Elle cessa de reprocher aux autres gouttes, sombres ou non, de ne pas briller assez ... ou de briller trop.
Elle se tournait vers l’intérieur. Elle rentrait à la maison.
Sans bruit. Sans lutte. Sans projet héroïque.
Juste pour prendre soin de sa propre clarté.
La petite goutte en quête de lumière avait oublié quelque chose d'essentiel.
Dans un océan, chaque goutte compte. Comment pourrait-il en être autrement ?
Après tout, l’océan n’est rien d’autre que la somme de ses gouttes.
Mais elle avait oublié encore autre chose.
Elle croyait que ce qui la faisait souffrir, c’était l’océan.
Sa profondeur. Sa froideur. Ses tempêtes. Elle croyait que la souffrance venait de là.
Elle cherchait loin ce qui était tout près. Elle accusait l’océan.
Sans voir que sous son regard inquiet reposait une lumière discrète, à laquelle elle seule avait accès.
Aujourd'hui qu'est t'elle devenue ?
Sa lumière n’éclaire pas tout l’océan. Parce que ce n'est pas la question.
Et peut-être est-ce là le sens d’une vie, pour une petite goutte dans l’océan : non pas changer l’océan, mais cesser d’ignorer sa propre lumière.
Depuis ?
La petite goutte sait. Que la lumière ne vient pas de l'extérieur.
La petite goutte sait que l'océan était sombre de son absence.
La petite goutte a compris que l'océan est un vaste terrain d’expérience fait de profondeur, de mouvement, de tempêtes parfois, d'accalmies aussi ... et de rencontres.
Comme un passage. Jamais pour produire un résultat, atteindre un but, arriver quelque part.
Juste pour offrir aux lumières qui s'ignorent les conditions pour se mettre à briller.
Sans urgence. Sans violence. Mais sans attendre.
Et sans s'étonner que l'océan reste sombre. Parce que là n'a jamais été la question.



.png)




Commentaires