L'épuisement silencieux - Une fatigue chronique
- Nathalie LACOUR GUILLEMEAU
- 21 janv.
- 4 min de lecture
La transformation commence là où nous cessons de lutter.
Une fatigue particulière et chronique...
Il existe une fatigue particulière. Elle naît moins de ce que nous vivons que de ce désir obstiné d’être ailleurs, de vivre autre chose. D’aller mieux.
En oubliant parfois d’aller bien.
Une fatigue discrète, mais persistante. Tenace. Souvent difficile à nommer : découragement, perte de sens, isolement.
Elle naît d’une intention sincère : vouloir s’en sortir, comprendre, évoluer. Mais elle produit, à la longue, un effet profondément dévastateur : un exil intérieur.
Un exil qui ne se voit pas. Qui ne se revendique pas. Et qui s’installe à notre insu.
Nous continuons de vivre. De faire. De penser. Du mieux que nous pouvons. Mais quelque chose en nous se retire.
L’épuisement des stratégies
Nous nous épuisons à vouloir changer le monde, et à vouloir nous changer nous-mêmes, par la lutte, le contrôle, la force.
Ou par son envers tout aussi violent : l’adaptation permanente, le lissage, le sacrifice silencieux.
Peu importe la direction prise. Qu’elle paraisse résistante ou docile. Chaotique ou déraisonnable.
Tant que cela part de la peur, cela fait mal. À soi. Aux autres.
Tant que cela part de la peur, sans le savoir, nous nous abandonnons. Nous nous désalignons. Nous nous tenons à distance de cette présence intime où la vie se met en mouvement.
Ignorance, pas faiblesse
Nous ne souffrons pas parce que nous sommes faibles.
Nous souffrons d’un manque de connaissance : qui nous sommes, comment ça fonctionne, comment (s’)aimer ?
Nous souffrons d’ignorance. Une ignorance sincère. Humaine. Partagée par tous. On se détend.
Et oui, le réel insiste. Aussi longtemps qu’il faudra.
Ce qui transforme vraiment
Ce n’est pas en rejetant ce qui souffre, en nous ou autour de nous, que quelque chose change. C’est en l’accueillant.
Pour aider quelqu’un que l’on aime à sortir de la douleur, que choisissons-nous : le repousser, le corriger, le contraindre… ou simplement l’accueillir, lui ouvrir nos bras, notre cœur ?
C’est précisément là, au cœur même de l’accueil et du cœur que quelque chose peut commencer à se transformer. Non pas par la force. Non pas contre. Pas dans la domination ou la dureté. Mais par le lien. Avec l’autre. Par le cœur. En soi.
Le monde comme reflet
Le monde est confrontant, anxiogène, parce qu’il est saturé de stratégies de pouvoir, de contrôle, de lutte, de division, d’opposition.
Mais si ce monde n’était pas tant un problème à combattre, qu'un reflet ? Une leçon à apprendre ?
Et si la réponse n’était pas une surenchère de force, mais un pas de côté lucide ?
Un pas de côté à faire en nous. Non pas pour renoncer. Non pas pour se résigner. Mais pour comprendre.
Comprendre autrement
Comprendre que le réel que nous rencontrons, personnel, relationnel, collectif, n’est ni un hasard, ni un ennemi extérieur, mais le reflet de nos manières de voir, de penser, de réagir, de comprendre…
Ou de ne pas encore comprendre.
Ce qui se présente à nous n’est pas là pour nous punir. Mais pour nous enseigner quelque chose.
Parfois doucement. Parfois durement.Certes.
Souvent à travers les conséquences mêmes de ce qui reste flou, confus ou non intégré, en nous.
Apprendre du “bien” et du “mal”
Ce qui se passe « bien » est un enseignement de ce qui fonctionne. Un signal précieux à reconnaître, à honorer, à renouveler. S’en réjouir. En profiter. Aimer.
Ce qui se passe « mal » est un enseignement de ce qui ne fonctionne pas ou plus. De ce qui demande à être compris autrement.
Non pas pour (se) juger. Non pas pour se décourager. Mais pour changer de méthode : élargir le regard.
Entendre les leçons du “bien” comme celles du “mal”.
Les unes montrent ce qu’il est juste de nourrir.
Les autres ce qu’il est temps de transformer.
Dans les deux cas, le travail est le même :
Revenir au cœur
Clarifier la conscience
Renouveler l’intention
Ajuster notre manière d’être et d’agir
Et s’en réjouir, aussi. Aimer.
Avoir conscience de cela, avoir la capacité de comprendre, et pouvoir choisir autrement, est en soi une immense chance.
Une urgence contemporaine
Nous avons là un travail précieux à accomplir. Et nous avons, tant que les circonstances sont réunies, les moyens de le faire.
C’est-à-dire : maintenant.
Le véritable pouvoir dont nous disposons n’est pas de forcer le monde à changer, mais de changer l’endroit depuis lequel nous le regardons, et donc l’endroit depuis lequel nous agissons. Progressivement. Alors quelque chose change.
Le monde tel qu’il apparaît, est le résultat de l’addition collective de nos actions, en cascade depuis la nuit des temps : celles issues de nos incompréhensions, de nos colères, de nos maladresses, mais aussi de notre sagesse, de notre patience, de notre habileté. Collectives et individuelles.
L’urgence n’est pas à la brutalité. Elle est à l’apprentissage, à la curiosité, à l’ouverture du cœur.
La violence du monde nous le dit sans détour : regarde ce que cela produit.
Porter ce regard n’est pas de la naïveté. C’est un acte de responsabilité. Une urgence contemporaine.
Un changement que nous pouvons initier dans nos vies, à notre échelle. Avec nous-mêmes, avec nos proches, nos collègues, nos voisins, nos familles, nos amis et aussi avec le quidam dans la rue. Commençons par le commencement. Car le changement ne commence pas ailleurs.
Et cessons de nous réfugier dans la dénonciation des autres, du monde ou de la vie. Nous sommes bien plus libres que nous ne le croyons. Plus courageux aussi.
Lorsque l’esprit se clarifie, l’action devient plus juste.
Lorsque la peur cesse de gouverner, la force se transforme en discernement.
Lorsque nous cessons de lutter contre le réel, nous devenons capables d’agir avec justesse et avec fermeté, si nécessaire.
Embrasser le monde tel qu’il est n’est pas renoncer à le transformer. Au contraire.
C’est le seul endroit d’où une transformation réelle, durable, peut advenir.
Parce qu’elle partira du cœur. Et ce cœur nous l'avons tous à portée de main.



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